Depuis quelques années, je m’attache dans mon rapport moral à mettre en perspective le contexte économique et social du moment avec les enjeux qu’ils recouvrent pour l’éducation populaire.
Il ne s’agit pas là d’un exercice formel destiné simplement à justifier nos actions, mais bien de vérifier l’ancrage de notre projet dans une réalité en mouvement.

L’année dernière, je tentais de pointer que la financiarisation internationale accrue avait conduit à une crise économique qui précarisait les créateurs de richesses que sont les salariés, les collectivités et les associations.

Aujourd’hui, il y aurait un grand risque à croire que nos concitoyens se satisferont d’être considérés comme une simple force de travail servant de  variable d’ajustement économique.

Par rebond, il y aurait un grand risque que cette crise économique se double d’une crise sociale.

A cet égard, dans notre système social et dans nos services publics, on peut déjà voir se dessiner des conceptions marquées par une simple logique comptable destinée à  redresser les finances publiques.

A la logique de l’ajustement économique comptable succéderait celle de l’ajustement comptable.

Pour les MJC, dont l’histoire trouve ses racines dans le programme du Conseil National de la Résistance, ces conceptions antisociales sont tout simplement rétrogrades.
Elles vont à l’encontre (et je citerai là une partie du texte original du CNR du 15 mars 1944) elles vont à l’encontre, de « La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée … »

Déjà à l’œuvre dans d’autres pays, ces coupes sociales produisent les effets désastreux et les réactions massives que l’on connaît en Grèce et en Espagne.
Nos pensées se tournent également vers les aspirations populaires légitimes qui sont aussi à l’œuvre dans les révolutions politiques intervenues en Tunisie et en Egypte.

A cet égard, notre action prend tout son sens dans la volonté que nous avons manifestée d’organiser des séjours pour adolescents de découverte de la Tunisie.
Malgré de nombreuses difficultés, nous sommes également parvenus à inviter la fanfare de Djerba au festival de Vive l’Art Rue présageant peut être de futures coopérations du festival « Vive l’Art Rue » avec la Tunisie.
Le nom de « Vive l’Art Rue » prendrait là une tout autre résonance.

Loin de se résoudre à la fatalité de la crise et réfutant aussi les logiques consuméristes, nos concitoyens sont en recherche de lien social et de valeurs communes.
J’en veux pour preuve par exemple le nombre croissant de création d’associations et, pour ce qui concerne la MJC l’évolution sans précédent depuis trois ans de nos adhérents et des nouvelles activités proposées.

Dernières en date, le Taï-Chi et l’Art floral, deux disciplines assez Zen, continuent leur progression, la danse Country a trouvé son rythme de croisière et la toute récente constitution d’un groupe de broderie s’avère prometteuse.

Des valeurs de solidarité animent aussi nos actions.

L’association Angali Mudra, soutenue par la MJC, a cette saison conçu pas moins de 3 spectacles de danses indiennes qui ont permis de recueillir des fonds, pouvant paraître dérisoires en occident, mais qui contribueront de manière primordiale à la scolarisation de plusieurs jeunes filles en Inde.

Répondant à la demande d’Armonia, une institution locale d’accueil d’enfants et d’adolescents autistes, nous leur avons ouvert un cours de théâtre. Après cette année expérimentale, nous escomptons bien que ces jeunes pourront ouvrir une fenêtre innovante sur leurs pratiques artistiques lors de nos futures rencontres théâtrales.

Le besoin de se « retrouver ensemble » a trouvé sa manifestation dans le thème rassembleur de « Chapeau la fête !!! » et de son défilé qui, comme j’en avais l’intime conviction, est devenu un vrai succès populaire.

Fait nouveau, les 12 tournois de jeux de rôles et d’échecs donnant lieu à des « after » autour de quelques victuailles, rendent bien compte d’un appétit de convivialité.

Nous avons un peu laissé en jachère cette année le repas de quartier créé en 2009, mais il sera remis sur le métier très prochainement sous une forme aménagée à l’initiative d’une stagiaire du lycée Budé en Bac Professionnel.

Enfin, pour preuve que nous sommes toujours en quête d’idées nouvelles, à la faveur d’une rencontre avec l’artiste argentine MARILU FISCHER, un stage tango s’est tenu mi-avril. A l’heure où je parle, cette initiative a déjà été reconduite par deux fois. C’est le signe de la grande qualité artistique de ce professeur et peut-être aussi celui de la naissance d’une nouvelle activité.

Nos capacités d’innovation sont bien réelles, mais encore limitées par les contraintes d’espace de nos locaux d’activités qui se résoudront, je l’espère, avec la  poursuite de l’aménagement du centre  Coline Serreau que nous attendons avec impatience.

Ce bilan extrêmement positif est terni par nos contraintes économiques qui persistent et qui vont s’accroître dans les prochains mois, mais nous approfondirons ce point dans le rapport financier qui suivra.

Avant de clore, j’ai une pensée particulière pour ARLETTE DUMOULIN qui après plus de 30 années passées à l’accueil au secrétariat et à la comptabilité de la MJC quittera ses fonctions fin novembre prochain pour une retraite bien méritée.

Nous aurons l’occasion de fêter ce départ avec les égards qui s’imposent pour sa contribution de tous les instants dans la vie de notre maison.

Je tiens également à remercier chaleureusement pour leur investissement tous les bénévoles : professeurs, membres du Conseil d’Administration, toutes celles et ceux qui contribuent au développement de notre belle maison.

Vos convictions et votre engagement sans relâche au service de l’éducation populaire sont les meilleurs remparts pour faire face aux appétits mercantiles qui guettent notre société.

Ces convictions résonnent avec une acuité particulière car nous fêterons en 2011 le 10ème anniversaire de l’année internationale du bénévolat et du volontariat.

Plus de 100 millions d’Européens participent à des activités bénévoles et mettent en pratique le principe de solidarité et, ce faisant, apporte une contribution significative au développement harmonieux de la société et à la cohésion sociale.

A notre mesure nous oeuvrons et nous continuerons d’œuvrer à l’édification de cette belle et indispensable utopie.

Gilles Senèze, Président de la MJC Coline SERREAU.